Les constats d’huissier de justice
Officiers publics et ministériels, les huissiers de justice sont assermentés. Leurs déclarations font
foi jusqu’à preuve de l’inscription de faux. Les articles 1 et 2 de l’ordonnance du 2 novembre 1945
leur confèrent la possibilité d’établir des constats : « Ils peuvent être commis par justice pour
effectuer des constatations purement matérielles, exclusives de tout avis sur les conséquences de
fait ou de droit qui peuvent en résulter ; ils peuvent également procéder à des constatations de
même nature, à la requête des particuliers… »
1. Les différents types de constat
Les textes prévoient donc que l’huissier de justice pourra dresser un constat, tant à la requête
des particuliers que lorsqu’ils seront mandatés par les juridictions.
A. A la requête des particuliers
Les particuliers, personnes morales ou physiques peuvent requérir un huissier de justice afin de
dresser un constat. Le constat sera possible, en l’absence de toute autre formalité mais l’huissier
ne pourra instrumenter que dans les lieux où il est effectivement mandaté pour agir. Il pourra ainsi
constater sur la voie public, de même que sur la propriété du requérant. En revanche, il n’a pas le
droit de pénétrer, sans autorisation judiciaire, chez un tiers. Cette non-pénétration est aussi bien
matérielle et prise au sens large, il est interdit de se pencher sur un fonds appartenant à un tiers,
d’y faire passer un objet aux fins d’observer ou de mesurer… Elle est aussi visuelle et l’huissier ne
peut constater un élément matériel situé sur un fonds voisin.
B. A la requête des juridictions
Les juridictions elle-même peuvent requérir un constat d’huissier, soit de leur propre chef dans le
cadre de certaines procédures, soit au moyen des ordonnances rendues sur requête. Cette dernière
solution est couramment utilisée afin de pallier à l’interdiction de pénétrer physiquement et
visuellement sur le fonds d’autrui, de nombreux constats nécessitant que l’huissier puisse accéder
au fonds voisin afin de prendre des mesures ou tout simplement afin de prendre des photographies.
Le requérant ou son mandataire (le cas échéant l’huissier de justice) vont ainsi, grâce au dépôt
d’une simple requête, demander au juge son accord afin de pouvoir pénétrer, si besoin avec la force
publique, sur le fonds voisin afin d’y dresser le fameux constat.
2. Les constatations matérielles, l’absence de toute subjectivité
Les huissiers ne sont pas des experts. A ce titre, les constats ne peuvent contenir aucune appréciation
personnelle, ils doivent rester objectifs en toute hypothèse. Souvent étayés par des photographies,
il ne s’agit que de simples constatations de faits ou d’éléments matériels sans aucune recherche ni
d’élément déclenchant ni des conséquences pouvant en résulter. Par exemple, si un arbre est tombé,
l’huissier pourra constater que l’arbre est tombé, sur quoi il est tombé et où il l’est. Mais il ne
pourra dire quand (sauf s’il se trouvait sur les lieux au même moment) ni comment (poussé par le vent
ou coupé par un tiers) ni, le cas échéant, à cause de qui...
Il faut également noter que les huissiers ne peuvent instrumenter (y compris pour les constats) que
dans leur ressort de compétence (compétence étendue au ressort des TGI à compter du 01/01/2009).
3. Le constat d’huissier : un outil indispensable sur Internet.
A. Des conditions draconiennes pour l’établissement des constats
Du fait de leur relative simplicité et de leur grande force probante, les constats d’huissiers sont
extrêmement adaptés à l’internet, on leur trouve de nombreuses utilisations. De plus, l’outil internet
étant largement diffusé, le problème de la compétence territoriale ne se pose plus et l’huissier peut,
depuis son bureau, constater n’importe quoi, n’importe où sur le web.
Les constats sur internet sont tout de même soumis à des règles extrêmement précises et détaillées,
notamment imposées par la jurisprudence (TGI Paris 4 mars 2003), et outre les conditions communes à
tous les constats (objectivité et impartialité) les juridictions imposent une description détaillée
tant du matériel utilisé que du mode opératoire.
Avant toutes constatations, l’huissier devra effectuer un grand nombre d’opérations, afin de garantir
l’impartialité et la neutralité de son action (vider toutes les mémoires cache, garantir sa connexion,
pallier à la présence d’un éventuel proxy etc.)
De même, le constat devra porter, non seulement sur le contenu du site ou de la page, mais il devra
également mentionner les différentes adresses IP et MAC de l’ordinateur depuis lequel l’huissier de
justice va instrumenter, l’adresse IP du site, va imposer la reproduction des mentions légales de ce
site, tout en détaillant exhaustivement les actions effectuées pour y parvenir.
B. Une utilité incontestée
Internet est un support tellement vaste et tellement peu réglementé que les infractions et les
violations des droits des tiers y sont plus que courants… Les constats d’huissier permettent
d’agir avec réactivité devant les juridictions civiles, constituant des preuves du trouble ou
de la violation des droits.
Ainsi, les utilisations des constats sont multiples et se développent quotidiennement. Il est
possible de faire constater une diffamation sur un site, un forum, un blog… de faire constater
l’utilisation d’un texte ou d’une image sur un site, notamment en cas de plagiat, à charge ensuite
pour le titulaire des droits de prouver sa paternité de l’œuvre objet du litige, il est également
possible de faire constater le fonctionnement ou le dysfonctionnement d’un site, d’une page ou
d’un lien hypertexte, ce qui permettra notamment au propriétaire du site d’agir contre son
webmaster défaillant.
A l’inverse, on peut faire constater l’affichage de mentions légales, de conditions générales
ou d’avertissements, notamment sur les sites dits « sensibles » dont les éditeurs consciencieux
veulent prouver leur bonne foi en démontrant que toutes les précautions ont été prises vis-à-vis
de la protection du consommateur, des personnes sensibles, des mineurs…
Etablir votre constat dès maintenant